Foulques le Réchin et Betrade de Monfort
Foulques le Réchin ce qui signifie, le Rechigné, on dirait aujourd'hui le grognon,
C'est le fils de Geoffroy II Ferréol Comte du Gâtinais et de Ermengarde d'Anjou, soeur de Geoffroy II Martel. Il est né en 1043 à Château-Landon et mort le 14 avril 1109 à Angers.
Il reçoit de son oncle Geoffroy II Martel la Saintonge en 1060 et peu après, à la mort de celui-ci, il devient Seigneur de Vihiers en tant que vassal de son frère Geoffroy III le Barbu Comte d'Anjou.
Il épouse en premières noces Hildegarde fille de Lance lin de Beaugency, puis Hermengarde de Bourbon. Le 21 janvier 1076 il épouse Orengarde de Chatelaillon dont il se sépare en 1080. Il épouse ensuite la fille de Gautier de Brienne et enfin Bertrade de Montfort fille de Simon I de Montfort et d'Agnès d'Evreux, il tombe amoureux de celle-ci. Ils ont un fils Foulques qui succèdera à son père à la tête du Comté d'Anjou (Foulques V dit le jeune). Bertrade abandonne bientôt Foulques pour le Roi Philippe I, elle s'enfuit de Tours dans la nuit du 15 mai 1092 et rejoint le Roi Philippe à Orléans.
Foulques était un prince instruit et cultivé, il a fait rédiger la Chronique des Comtes d'Anjou en 1096 en s'appuyant sur les récits que lui avait fait son oncle Geoffroy Martel.
  la Chronique des Comtes d'Anjou  
En 1061 le Duc Guy-Geoffroy d'Aquitaine lui enlève la Saintonge, mais, associé avec son frère Geoffroy, Foulques remporte la bataille de Chef-Boutonne sur les Aquitains et récupère son domaine. En 1062, cependant, les entreprises du Duc d'Aquitaine réussissent et il s'empare définitivement de la Saintonge aux dépens de Foulques.
Frustré de n'être plus que Seigneur de Vihiers et profitant du mécontentement général provoqué par le mauvais gouvernement de son frère Geoffroy le Barbu, il s'empare en 1067 de Saumur et Angers et renverse Geoffroy qui est emprisonné à Sablé puis à Chinon. Foulques se proclame Comte d'Anjou le 19 juin 1068.
Il se trouve aussitôt confronté à ses vassaux qui le contestent, en particulier Sulpice d'Amboise et Hardouin de Trèves. Il est contraint de céder le Gâtinais au Roi de France Philippe I et de rendre hommage au Comte de Blois pour la Touraine.
Pendant le règne de Foulques le Rechin l'anarchie féodale se développa dans le Comté d'Anjou et les guerres privées eurent libre cours au grand tort des populations. C'est l'époque la plus sombre de la féodalité. La justice avait quasiment disparu et la misère était a son comble. Chaque seigneur guerroyait pour son compte.
Foulques le Réchin dut soumettre un à un les Seigneurs Angevins et Tourangeaux, rentrant en force dans Amboise, Rochecorbon, l'Ile Bouchard, brûlant puis relevant le château de Maille (actuellement Luynes).
Au début de son règne les rapports avec le Duc d'Aquitaine furent corrects et le Duc épousa même la fille de Foulques. Il prit le parti de Foulques contre le fils de celui-ci Geoffroy qui s'était rebellé contre son père.
Dans le Maine Foulques se trouve confronté à Guillaume le Conquérant Duc de Normandie, bien que celui-ci soit absorbé par la Conquête de l'Angleterre. Foulques prend Le Mans en 1072, mais Guillaume y rétablit son fils Robert Courte Heuse en 1073. Foulques aide les Seigneurs Bretons assiégés dans Dol par Guillaume de Normandie et après succès et revers finit par s'emparer de La Flèche en 1081. Un modus vivendi est trouvé grâce à l'intervention de l'Eglise, Robert Courte Heuse accepte de rendre hommage à Foulques le Réchin pour le Maine. Pourtant Foulques soutient en sous main les Seigneurs du Maine, conduits par Hélie de La Flèche, révoltés contre le Duc de Normandie.
Au départ de Robert Courte Heuse pour la Croisade en 1098, Guillaume le Roux prend sa place et Foulques le Roux en profiter pour aider Hélie de La Flèche à contrôler le Maine. Geoffroy, le fils aîné de Foulques, se marie à la fille et héritière de Hélie.
Il est abandonné par sa cinquième épouse, Bertrade de Montfort, qui s'échappa de Tours en 1092 pour rejoindre le Roi de France Philippe I. Foulques est resté amoureux de Bertrade et se résignera à son malheur, en 1106 le Roi Philippe et Bertrade de Montfort vinrent même lui rendre visite à Angers. Foulques le Réchin est mort en avril 1109.
Le fils aîné de Foulques le Réchin, Geoffroy (Martel) est mort au siège de Candé en 1106, c'est Foulques (dit le Jeune) qui lui succéda à la tête du Comté d'Anjou.
Betrade de Montfort et la création de Fontevrault
   
Fontevraud a été fondé en 1 101 par Robert d’Abrissel, fils de Damalioch, curé d’Abrissel, et de sa concubine ! Le clergé, à l’époque, avait une singulière idée du célibat des prêtres et les curés pères de famille n’étaient pas rares. Après des études de théologie à Paris, Robert d’Arbrissel est chargé, en 1089, par Sylvestre de La Guerche, évêque de Rennes, de réformer les mœurs du bas clergé. Sa naissance tout autant que sa piété l’y prédisposent. Il fonde un premier établissement religieux à La Roë, mais continue sa prédication dans l’ouest de la France et est nommé en 1096 missionnaire apostolique par Urbain II. Les fidèles qui se regroupent autour de Robert d’Arbrissel ont de quoi inquiéter les autorités. Leur mentor, par exemple, couche seul au milieu des femmes qu’il se garde bien de toucher. C’est sa manière à lui de manifester sa condamnation de la conduite de Betrade de Montfour, épouse du comte d’Anjou Foulque IV le Réchin, qui vit dans l’adultère avec le roi de France Philippe 1er.
   
En quelques décennies, Fontevrault devient le plus grand ordre monastique double de l’Occident. À la fin du XII° siècle, il compte 90 prieurés en France, en Angleterre et en Espagne. Son rayonnement s’explique par ses liens avec la dynastie des Plantagenêts. En 1149, Mathilde d’Anjou succède à Pétronille de Chemillé. Elle la fille du comte Foulque V, la veuve de Guillaume Adelin, héritier du trône d’Angleterre et la sœur de Geoffroy Plantagenêt. Elle règne sur une magnifique église dont le chœur a été consacré en 1119 par le pape Calixte II et dont la splendide nef est terminée en 1160. C’est elle aussi qui fait construire, au sud du cloître, un réfectoire et une cuisine octogonale.
   
Parce que son comportement intrigue et inquiète, Robert d’Arbrissel est convoqué, en novembre 1 100, par les légats du pape Pascal II à Poitiers. Ceux-ci lui ont obligation de se fixer dans un établissement monastique. A Pâques 1101, Robert d’Arbrissel s’installe à Fontevraud sur des terres offertes par Gautier de Montsoreau, un seigneur local.  La nouvelle fondation présente une particularité. On y trouve des femmes et des hommes. Les premières, au nombre de 300, sont cloîtrées. Les seconds sont des prêtres ou assurent des charges matérielles. La communauté, autre innovation, est dirigée par une femme, Hersende de Montsoreau, à laquelle succédera Pétronille de Chemillé. Pour Michelet, il s’agissait d’une particularité due à l’esprit singulier de la région : «  Molle et sensuelle contrée, c’est bien ici que l’idée dut venir de faire la femme reine des monastères, et de vivre sous elle dans une voluptueuse obéissance , mêlée d’amour et de sainteté ».